
Alors que la COP15 était attendue avec pessimisme, c’est par une annonce des plus inattendue que l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a donné un coup de fouet aux négociations hier. C’est décidé, les Etats Unis reconnaissent que les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont responsables du changement climatique. Une avancée de taille pour ce pays qui avait jusqu’alors toujours refusé de ratifier le protocole de Kyoto. Les ONG telles que Green Peace y voient un « signal fort », faisant appel à Barack Obama pour engager son pays dans la réduction des émissions de GES. Désormais, les négociations sont clairement entamées et même si tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut limiter le réchauffement de la planète à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, on est encore loin d’un accord ambitieux de 40% de réduction par rapport à l’année de référence de 1990 puis de 80% en 2050. L’Europe en bonne élève prévoit une réduction de 20 à 40% d’ici à 2020 puis de 80 à 95% de ses émissions de GES, en cas d’un accord ambitieux. Mais tout le monde ne joue pas les aussi bons élèves : les Etats-Unis se tournent actuellement vers 17% de réduction par rapport à 2005, ce qui équivaut à 4% par rapport à 1990 mais reste un grand pas quand on sait qu’ils avaient jusqu’à présent toujours refusé une telle action. De plus, cela a motivé la Chine qui, à la suite de l’annonce américaine, a revu à la hausse son objectif de réduction d’émission de GES, annonçant 40 à 45% par rapport à 2005.
Mais aujourd’hui, les négociations portaient surtout sur l’aide au développement des pays du Sud. Le Bangladesh a réclamé 15% du budget si un fond pour le climat était créé. En effet, si le niveau de la mer s’élève d’un mètre, ce sont 20 millions de Bangladeshis qui vont devoir migrer et si le glacier de l’Himalaya fond à cause du réchauffement climatique, cela sera encore pire. Selon M. Hasan Malmud, le ministre de l’environnement et de la foret, cette réclamation s’explique par le fait que la population totale vivant sur les côtes au Bangladesh est plus nombreuse que la population de toutes les îles réunies et ce pays est le plus menacé par le changement climatique.
Les ONG présentent au sein du Bella Center appellent les pays industrialisés à payer la facture : selon elles, 150 milliards de dollars seraient nécessaires. Sara, jeune membre de « Climate Justice » animait ce matin une ronde dans le Bella Center, se baladant avec ses amis avec un énorme chèque pour rappeler la dette des pays industrialisés vis à vis des pays les plus pauvres, compte tenu du fait qu’ils sont les principaux responsables de l’accélération du réchauffement climatique. Quant à Xian, une jeune activiste chinoise de « Oxfam Internationale », elle arborait une bouée, expliquant à tous que le monde sera bientôt une piscine géante et que nous aurons tous besoin d’une bouée pour survivre. Bernard Kouchner présentait hier à New York à Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, une proposition française de récolte de fonds de contribution de solidarité internationale équivalente à 0.005% de taxe sur les transactions financières. Mais le hic se trouve dans l’utilisation du fond : combattre le changement climatique mais également promouvoir l’éducation et la santé. Les pays du Sud auraient donc à choisir entre vivre ou survivre ? Le ministère des affaires étrangères et européennes a également déclaré vouloir la création d’une organisation mondiale de l’environnement mandatée pour contrôler la réalisation des engagements pris à Copenhague. Comme l’expliquait M. Denis Vasseur, membre du secrétariat du Fond Français pour l’Environnement Mondial sur le stand de la France, la position de la France au niveau internationale est celle de l’Union Européenne puisqu’elle rentre dans le cadre de la PESC : Politique Extérieure et de Sécurité Commune. Cependant, la France, avec son Grenelle de l’Environnement ambitieux, souhaite agir au niveau international et avec les pays méditerranéens, africains et sud-américains pour aider au développement et à l’adaptation climatique, et être un acteur essentiel dans les négociations au sein du débat européen. Pour le moment, en accord avec le Royaume-Uni, elle soutient une réduction ambitieuse des émissions de gaz à effet de serre. Gordon Brown, premier ministre anglais a en effet affirmé qu’il souhaitait une réduction de 30% d’ici 2020 des émissions de GES pour tous les pays européens, mais les deux grands se heurtent à la Pologne et aux pays de l’Est plutôt frileux pour le moment. L’accord entre les 27 est donc pour le moment plutôt axé sur 20% de réductions. Par ailleurs, l’intervention de Jean Louis Borloo pour défendre son « Plan Justice Climat » alors que l’Europe est censée parler d’une seule voix et donc être représentée par la Suède n’a pas forcément été appréciée par tout le monde.
Demain, les négociations continuent, l’action des ONG au sein et à l’extérieur du Bella Center s’intensifiant pour faire encore plus pression sur les décideurs et arriver à des accords réellement ambitieux pour « sauver la planète et notre futur ».




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